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Un chemin et ses détours

Mon parcours s'est construit par des détours, par des rencontres, par des erreurs de direction et par des textes qui sont revenus me chercher au moment où je pensais les avoir quittés.

Voici quelques-uns de ces mouvements.

Le choix d'une main

Toute ma scolarité, on m'a expliqué que les mots ne seraient jamais mon endroit.

Je suis dyslexique et dysorthographique.

Lorsque j'ai annoncé à mes parents que je voulais faire des études de lettres, ils ont eu peur pour moi.

Pourtant, depuis que j'ai choisi de quelle main je voulais tenir mon stylo, je suis aussi ambidextre, j'ai toujours écris.

Écrire n'a jamais été pour moi une évidence scolaire.

C'est une évidence intérieure.

Se tromper de porte

Je voulais être comédienne.

J'ai étudié pour le devenir.

J'ai même voulu entrer à l'Actors Studio.

Mais je me suis trompée de porte.

Celle de la New Dramatists s'est ouverte,

quand l'autre, juste à côté, est restée fermée.

Revenue, à New York, comme jeune fille au pair,

j'ai cherché à faire un stage à Broadway.

Ce fut comme si la New Dramatists m'attendait.

Des trois mois prévus au départ,

J'y suis restée sept.

Aux côtés des auteurs,

de leurs expériences,

de leurs regards,

de leurs questionnements

qu'ils ont bien voulu partager avec moi,

mon parcours a dévié.

Je croyais m'être trompée de porte,

une bien plus belle s'est ouverte.

Je pensais devenir une actrice.

Je suis devenue une autrice.

Y revenir sans cesse

Une pièce jouée.

Une publication.

Puis la vie.

Le temps qui manque.

Les manuscrits qui avancent lentement.

Les refus.

Les longues traversées.

Plusieurs fois, j'ai pensé arrêter.

À chaque fois, l'écriture est revenue.

Sous une autre forme.

À travers une rencontre.

Une résidence.

Un atelier.

Ou simplement une question

qui ne me laisse pas tranquille.

Je n'écris pas parce que je peux écrire.

J'écris parce que certaines histoires demandent à l'être.

Et elles sont plus obstinées que moi.

Pourquoi j'écris

Lors d'un festival, j'ai entendu une autrice racontait qu'elle avait arrêté de peindre pour laisser la place à une autre vie.

Je pensais qu'il était peut-être temps que je fasse la même chose,

que j'arrête d'écrire pour me consacrer à une autre forme de création.

Au même moment, mon téléphone a vibré.

Un message d'Alice Zeniter.

Elle préparait Eden et souhaitait recueillir la parole d'auteurs émergents.

Elle me proposait d'écrire sur cette question :

Pourquoi j'écris ?

Le texte qui ouvre ce site est la réponse que je lui ai faite.

Aujourd'hui

J'écris toujours

et j'anime des ateliers,

pas parce que je sais écrire,

ni parce qu'il y aurait une bonne manière de le faire.

J'anime des ateliers

parce que je sais ce que signifie entrer dans l'écriture

quand on pense que ce n'est pas fait pour soi.

​Je sais ce que c'est d'avoir peur d'être lue.

Je sais que les chemins sont multiple,

parce que j'en ai emprunté plusieurs.

Je sais qu'on peut être singulier, 

parce que ce que l'on m'a  présenté comme une faiblesse
est devenu ma force.

Je sais ce que c'est que de vouloir abandonner,

parce que ça n'a pas été facile.

Je sais qu'un seul regard peut mettre quelqu'un en mouvement.

Aujourd'hui, c'est ce regard que je me propose d'être.

Le carnet rassemble aussi des réflexions sur l'écriture, la transmission et les textes en devenir.

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