Un regard sur le monde
« Écrire est ce que tu aimes faire. » Alors que nous parlions de notre travail et de nos projets, voilà ce que m’a dit, comme la plus grande des évidences, une amie. Et tout en moi voudrait lui répondre non.
Non, je n’aime pas écrire.
Ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion. Maintenant, je le sais. Écrire est difficile. Écrire demande du temps, de la concentration et du muscle. C’est comme courir un marathon. Écrire impose de rester assis devant du papier ou un écran. Et cela n’a rien de naturel. Écrire est frustrant. Alors que les idées paraissaient si claires, si fluides en marchant, elles deviennent difficiles à retranscrire. Pendant un moment, je me prends pour un génie, puis je me relis. La désillusion est alors immense. Ce que j’ai écrit ne vaut rien ou pas grand-chose.
Écrire me demande un effort que je n’aime pas fournir.
J’aurais préféré dessiner. Quand je regarde certains tableaux, les émotions qu’ils me procurent me paraissent plus justes, plus simples, plus évidents. Pouvoir réduire le geste à un trait, une couleur. C'est une illusion. Dessiner m'aurait demandé autant de travail et ce n'est pas le média qui s’est imposé à moi.
Alors pourquoi écrire ?
Enfant, la lecture m’a appris qu’il est possible de percevoir le monde différemment. Elle ne m’a pas dit : « il existe des gens qui pensent comme toi. » Elle m’a fait voyager dans des mondes auxquels j’avais déjà accès. Lire est une autorisation à faire ces voyages, à y croire, à les vivre et à les partager.
Le monde me résiste. Je butte. Je ne comprends pas. Alors je m’interroge. J’observe. J’enquête. Et j’élargis le champ des possibles. Si vous me dites que votre amie a le même prénom que vous, que vos mères s’appellent pareilles et si en plus vous partagez le même signe astrologique, alors je vous demanderais avec la plus grande sincérité si vous n’êtes pas une seule et même personne. Et n’y a-t-il pas là un fil à tirer ? Une histoire à développer ?
Je ne me raconte pas d’histoires. Je construis une passerelle entre le réel et ce que je perçois. Je ne veux pas franchir une porte et la fermer. Je cherche un chemin, une invitation à circuler.
De ce chemin naît un état particulier, certains l’appellent l’état de grâce. Je l’ai longtemps cherché sur scène alors que je pensais devenir comédienne. Mais c’est dans ma chambre, le soir que le temps semble s’arrêter. Je n’ai pas besoin de jouer les mots des autres pour essayer de comprendre l’existence. J’ai besoin de chercher avec les miens ce que je vois quand je regarde le monde.